Les conséquences directes

et à long terme

d'un accouchement mal vécu

Les gestes et paroles inapropriés ne laissent pas seulement un “mauvais souvenir” ; ils peuvent atteindre le sentiment de sécurité, d’intégrité, de dignité, de confiance et de légitimité dans son propre corps.

L’OMS rappelle que toute femme a droit à des soins respectueux, dignes, sans violence ni discrimination pendant la grossesse et l’accouchement.

Conséquences directes, dans les heures, jours ou semaines qui suivent

1. Sidération, choc, confusion

La personne peut se sentir comme “sortie de son corps”, incapable de comprendre ce qui vient de se passer. Elle peut avoir du mal à remettre les événements dans l’ordre, à raconter son accouchement, ou au contraire le raconter en boucle.

Formulations possibles :

  • “Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait.”
  • “J’étais là, mais je n’étais plus vraiment là.”
  • “Je n’ai pas accouché, on m’a accouchée.”
  • “Mon corps était présent, mais moi, je n’y étais plus.”

2. Sentiment d’humiliation, de honte ou de salissure

Quand le corps a été exposé, touché, manipulé, commenté ou traité sans consentement réel, la personne peut ressentir une honte profonde, même si elle n’est responsable de rien.

  • Honte d’avoir crié, pleuré, supplié.
  • Honte de “ne pas avoir su faire”.
  • Impression d’avoir été infantilisée.
  • Sentiment d’avoir été réduite à un corps, un dossier, un utérus, un risque médical.

3. Perte de pouvoir et sentiment de dépossession

C’est souvent le cœur du traumatisme : ne pas avoir été écoutée, informée, crue, respectée ou incluse dans les décisions. Les textes internationaux sur les violences obstétricales citent notamment la perte d’autonomie, les actes sans consentement éclairé, l’humiliation, les menaces, le fait d’être ignorée ou de ne pas recevoir de réponse à ses demandes d’aide.

  • “On a décidé pour moi.”
  • “Je n’ai pas eu voix au chapitre.”
  • “Mon non n’a pas compté.”
  • “Je n’ai pas été considérée comme sujet, mais comme objet de soin.”
  • “On m’a volé mon accouchement.”

4. Colère, rage, sentiment d’injustice

La colère peut apparaître très vite ou plus tard. Elle peut être dirigée vers l’équipe, l’institution, le ou la partenaire, soi-même, ou rester bloquée à l’intérieur.

  • Colère de ne pas avoir été protégée.
  • Colère de ne pas avoir été respectée.
  • Colère de ne pas avoir été informée.
  • Colère d’entendre : “L’essentiel, c’est que le bébé aille bien.”

Cette phrase peut être extrêmement violente pour une personne traumatisée, car elle efface ce qu’elle a vécu.

5. Peur, hypervigilance, insécurité

Après un accouchement vécu comme violent, le système nerveux peut rester en alerte.

  • Difficulté à dormir même quand le bébé dort.
  • Besoin de tout contrôler.
  • Panique face aux soins, aux bruits d’hôpital, aux blouses, aux odeurs médicales.
  • Sursauts, tension corporelle, irritabilité.
  • Peur qu’on touche à nouveau son corps sans demander.

6. Rupture de confiance envers les soignants

La personne peut ne plus se sentir en sécurité dans le système médical.

  • Peur des rendez-vous postnataux.
  • Évitement du gynécologue, de la sage-femme, de l’hôpital.
  • Méfiance face aux examens.
  • Impression que sa parole ne sera jamais prise au sérieux.
  • Besoin d’être accompagnée partout pour ne plus être seule face aux soignants.

7. Difficultés à habiter son corps

Le corps peut être vécu comme étranger, abîmé, trahi ou dangereux.

  • Dégoût ou distance avec certaines parties du corps.
  • Difficulté à se regarder, à se toucher, à se réapproprier son bassin, son ventre, sa vulve, sa cicatrice.
  • Sensation que le corps “a failli”.
  • Douleurs majorées par la peur ou par la mémoire corporelle de l’événement.
  • Difficulté à ressentir du plaisir, du calme ou de la sécurité corporelle.

8. Impact sur les débuts avec le bébé

Ce n’est pas systématique, mais certaines mères peuvent avoir du mal à entrer sereinement dans la rencontre.

  • Sentiment d’étrangeté : “Je sais que c’est mon bébé, mais je ne réalise pas.”
  • Difficulté à ressentir immédiatement de l’amour ou de l’élan.
  • Culpabilité de ne pas vivre le post-partum comme attendu.
  • Besoin de distance ou, au contraire, peur intense d’être séparée du bébé.
  • Difficultés d’allaitement ou allaitement vécu dans la tension, surtout si le corps est encore en état d’alerte. Des travaux associent l’accouchement traumatique et les symptômes de stress post-traumatique à des issues d’allaitement plus difficiles.

Conséquences à moyen et long terme

1. Traumatisme psychique ou stress post-traumatique

Les violences obstétricales et la perception d’abus pendant l’accouchement sont associées à davantage de détresse psychologique, de symptômes de stress post-traumatique et de dépression post-partum. Une revue systématique de 2023 conclut que les violences obstétricales contribuent au risque de dépression post-partum et de stress post-traumatique.

Manifestations possibles :

  • Flashbacks de l’accouchement.
  • Cauchemars.
  • Images intrusives.
  • Évitement de tout ce qui rappelle la naissance.
  • Panique en parlant de l’accouchement.
  • Impression de revivre la scène.
  • Dissociation lors des soins gynécologiques ou de la sexualité.
  • Hypercontrôle, anxiété, irritabilité.
  • Sentiment durable de danger.

2. Dépression post-partum ou effondrement de l’estime de soi

La personne peut se sentir “cassée”, “nulle”, “incapable”, alors qu’elle a été mise en situation d’impuissance.

  • Perte d’élan vital.
  • Tristesse persistante.
  • Sentiment d’échec maternel.
  • Culpabilité excessive.
  • Difficulté à demander de l’aide.
  • Impression d’être seule, incomprise ou illégitime.
  • Pensées du type : “Je n’ai même pas réussi à accoucher.”

3. Atteinte durable de l’identité maternelle

Quand l’accouchement a été confisqué, certaines femmes peuvent avoir le sentiment qu’on leur a enlevé un passage fondateur.

  • Impression de ne pas avoir “vraiment” accouché.
  • Deuil de l’accouchement espéré.
  • Blessure autour du récit de naissance.
  • Difficulté à se sentir pleinement actrice de son entrée en maternité.
  • Sensation qu’un moment irréversible a été volé.
  • Besoin parfois très fort de “réparer” lors d’une prochaine naissance.

4. Impact sur le lien mère-bébé

Il ne faut jamais en faire une fatalité ni culpabiliser les mères : le lien peut se construire, se réparer, se renforcer. Mais le trauma peut compliquer la disponibilité émotionnelle. Des études associent le stress post-traumatique lié à l’accouchement à des difficultés dans le lien mère-enfant au cours de la première année, et une revue systématique suggère une association avec davantage de difficultés d’attachement et de comportement chez l’enfant, tout en appelant à une approche multidisciplinaire.

  • Difficulté à être pleinement présente.
  • Alternance entre fusion anxieuse et mise à distance.
  • Peur excessive qu’il arrive quelque chose au bébé.
  • Culpabilité de ne pas avoir protégé le bébé ou soi-même.
  • Besoin de rejouer mentalement la naissance.
  • Douleur quand l’enfant grandit et que les anniversaires ravivent le souvenir.

5. Impact sur la sexualité et l’intimité

Les violences obstétricales peuvent toucher la sexualité, surtout quand il y a eu gestes intrusifs, absence de consentement, douleur, exposition, humiliation ou parole dégradante. La Confédération internationale des sages-femmes mentionne des conséquences négatives sur la sexualité, ainsi que sur la confiance envers le système de soins.

  • Baisse du désir.
  • Peur de la pénétration.
  • Douleurs ou crispations.
  • Dissociation pendant les rapports.
  • Rejet du toucher.
  • Besoin de contrôle absolu.
  • Impression que le corps intime n’est plus un lieu sûr.

6. Conséquences sur le couple et l’entourage

Le ou la partenaire peut ne pas comprendre l’ampleur du traumatisme, surtout si le bébé va bien. Cela peut créer un décalage douloureux.

  • Sentiment de solitude : “Personne ne comprend.”
  • Ressentiment envers le partenaire s’il n’a pas su protéger ou intervenir.
  • Difficulté à parler de l’accouchement sans conflit.
  • Éloignement affectif ou sexuel.
  • Besoin de reconnaissance du préjudice vécu.
  • Tension familiale si l’entourage minimise : “Il faut passer à autre chose.”

7. Peur d’une nouvelle grossesse ou d’un nouvel accouchement

Le projet d’un autre enfant peut être teinté de peur, voire devenir impossible à envisager pendant un temps.

  • Tokophobie secondaire : peur intense d’accoucher à nouveau.
  • Évitement d’une nouvelle grossesse.
  • Demande de césarienne par peur de revivre la même chose.
  • Besoin d’un projet de naissance très cadré.
  • Recherche d’une équipe perçue comme sécurisante.
  • Besoin d’être accompagnée par une doula, une accompagnante périnatale, une sage-femme ou un professionnel formé au psychotraumatisme.

8. Perte de confiance en sa parole et en ses ressentis

Quand une femme a dit qu’elle avait mal, peur, besoin d’aide, et qu’elle n’a pas été entendue, cela peut laisser une trace profonde.

  • “Je ne sais plus si j’ai le droit de dire non.”
  • “Je doute de ce que j’ai vécu.”
  • “Je me demande si j’exagère.”
  • “Je n’arrive plus à faire confiance à mon intuition.”
  • “J’ai besoin qu’on me confirme que ce n’était pas normal.”

9. Rapport compliqué aux soins gynécologiques et médicaux

La violence obstétricale peut réactiver ou créer une peur des soins.

  • Évitement des frottis, examens, échographies, consultations.
  • Crises d’angoisse avant les rendez-vous.
  • Besoin d’un consentement explicite à chaque geste.
  • Difficulté à se déshabiller.
  • Méfiance envers les diagnostics ou recommandations médicales.
  • Rupture de suivi, avec parfois des conséquences sur la santé.

10. Blessure existentielle et politique

Pour certaines femmes, l’impact dépasse l’individuel : elles prennent conscience d’un rapport de pouvoir, d’une culture du silence, d’une banalisation de la douleur féminine.

  • Sentiment d’avoir été niée comme personne.
  • Prise de conscience d’une injustice systémique.
  • Besoin de témoigner, d’écrire, de porter plainte, de militer.
  • Douleur de voir son histoire minimisée.
  • Besoin que l’institution reconnaisse ce qui s’est passé.

Conclusion

Avoir été dépossédée de son accouchement, ce n’est pas seulement avoir vécu un accouchement difficile. C’est parfois avoir été privée de sa voix, de son consentement, de sa dignité et de son pouvoir d’agir dans un moment de vulnérabilité extrême.

Les conséquences peuvent toucher le corps, le psychisme, la maternité, le lien au bébé, la sexualité, le couple, la confiance dans les soignants et le désir d’enfanter à nouveau.

À garder en tête: : la reconnaissance est déjà réparatrice. Ce vécu ne doit pas être vécu comme une fatalité, mais comme un tremplin vers encore plus d'encrage. Je vous aide à accéder à cette réconciliation identitaire.

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